La Chine a cent jours pour sauver les JO

Il reste cent jours avant la trêve olympique : cent jours où la politique va continuer à régner en maître, où pro et antichinois vont s’affronter jusqu’à l’épuisement ; cent jours où l’emballement nationaliste peut facilement déclencher une montée incontrôlée aux extrêmes, mais cent jours aussi pour ramener, peut-être, la sérénité, si les gestes qui font défaut jusqu’ici sont enfin accomplis.

Les Jeux de Pékin doivent d’ores et déjà être classés parmi les plus politisés de l’histoire moderne. Les militants des droits de l’homme qui ont trouvé là un écho médiatique sans précédent n’ont pas l’intention de désarmer avant le coup d’envoi des Jeux, le 8 août. Reporters sans frontières (RSF), l’ONG qui s’est placée à la pointe de la contestation en perturbant le 24 mars la cérémonie d’Olympie, vient d’ap-peler à la poursuite des actions de protestation. Robert Ménard, le président de RSF, explique que «la mobilisation, c’est mille petites choses à faire pour que le peuple chinois sorte plus libre de ces Jeux».

Le relais de la flamme, qui a déjà traversé 19 pays, n’a jamais été aussi mouvementé. Son arrivée vendredi en Chine ne risque pas d’apaiser les esprits, puisqu’elle doit encore franchir des étapes hautement controversées, notamment celle du Tibet. Les grandes sociétés qui sponsorisent la flamme (Coca-Cola, Samsung ou le fabriquant chinois d’ordinateurs Lenovo) se battent pour que leur logo ne soit pas vu. C’est le monde à l’envers.

Dégradation accélérée de l’image du pays

La Chine communiste, qui fut la première à boycotter les Jeux, en 1956 à Melbourne (à cause de la présence de Taïwan), peut difficilement plaider l’innocence ; mais elle semble prendre conscience aujourd’hui de la dégradation accélérée de son image. La décision d’accorder les JO à Pékin était d’ailleurs hautement politique, puisqu’il s’agissait de manifester de façon volontariste l’harmonie souhaitée entre la mondialisation capitaliste à l’occidentale et l’émergence brutale d’un géant asiatique en pleine renaissance. Et si le mouvement de contestation a pris tant d’ampleur ces dernières semaines, c’est justement parce que la Chine, devenue le symbole des mauvais côtés de la mondialisation, suscite une peur irrationnelle sur tous les continents. La crise tibétaine alimentée par la répression, le 14 mars, des émeutes de Lhassa, n’a été que l’étincelle qui a mis le feu aux poudres.

Froissés dans leur fierté nationale et d’abord raidis dans un réflexe antioccidental, les dirigeants de Pékin ont paru ces derniers jours réaliser l’urgence d’apaiser la situation. La proposition lancée par la Chine d’une reprise du dialogue avec le dalaï-lama a peu de chances de déboucher sur des avancées concrètes. Elle donne néanmoins aux dirigeants occidentaux, soucieux de désamorcer la crise, des arguments pour calmer l’inquiétude de leurs opinions. Le président du Comité international olympique, Jacques Rogge, a saisi la balle au bond en priant les Occidentaux de «laisser le temps à la Chine» pour évoluer.

Les menaces de boycottage ne sont pas écartées, loin s’en faut, que d’autres pointent déjà leur nez, comme le risque terroriste contre lequel Washington vient de mettre en garde. Cent jours ne seront pas de trop pour que l’événement sportif ne soit pas totalement occulté par les enjeux politiques. Et pour que le slogan officiel des Jeux de Pékin, «Un seul monde, un seul rêve», soit autre chose qu’un vœu pieux.

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