Clermont gagnera-t-il un bouclier de Brennus ?

Qu’il est long l’apprentissage de la victoire pour Clermont, une nouvelle fois battu en finale du championnat de France, samedi face à Toulouse. Un échec avant tout mental auquel nul n’a encore trouvé de remède.

Face à l’ogre toulousain, Clermont a une nouvelle fois buté sur la dernière haie du parcours qui mène au titre . Les huit accessions précédentes en finale, dont trois échecs face à ces mêmes Toulousains (1994, 1999, 2001), avaient été abondemment cités comme la preuve d’une détermination sans faille. Mais c’est Toulouse qui a su se dépasser. A l’image de cet aveu du talonneur William Servat: après la défaite face au Munster en finale de Coupe d’Europe (13-16), “les joueurs s’étaient fait le pari de ne pas être le Poulidor du rugby cette année”. Les supporteurs auvergnats auraient sans doute aimé l’entendre d’un Clermontois.

Dominatrice lors de la phase régulière (1er, plus grand nombre de points marqués, meilleur buteur, meilleur marqueur), Clermont a réalisé une saison exceptionnelle. Sauf au dernier moment. “En 2e mi-temps, on les enferme dans leurs cinq mètres et ils mettent un essai de 80 m”, constate Mario Ledesma, irréprochable jusque dans l’analyse du réalisme toulousain. “C’est bizarre. Eux arrivent à exploiter au maximum leurs opportunités. Nous, on ne l’a pas fait”. Les comparaisons individuelles sur l’ensemble du match sont à la fois consternantes pour les Auvergnats et indiscutables sur le plan sportif. L’ouvreur Jean-Baptiste Elissalde, héroïque, sera resté lucide une heure malgré la souffrance (côtes blessées). Son vis-à-vis Brock James, habituellement si précis, a montré fébrilité et mauvais choix: l’Australien, poutre du jeu des “Jaunards”, a accompli un match en négatif de sa saison.
   
Fatalisme

Idem pour son demi de mêlée Pierre Mignoni, auteur d’une entame catastrophique. Avant de se reprendre un peu, mais sans peser. Byron Kelleher, lui, délivra une prestation de classe, dans les espaces et le combat, devant et derrière. Une leçon. On pourrait continuer à l’infini. Médard qui danse contre Baby qui trébuche. La puissance de la conquête clermontoise piégée par la rigueur toulousaine. L’adresse dans l’alignement de Bonnaire effacée par l’intelligence de Bouilhou. Le banc de Clermont transparent, quand la relève toulousaine accélère. “On n’a pas joué le match qu’on attendait. On a tenté des choses qui n’ont pas marché”, analysait le capitaine Aurélien Rougerie. Lui qui malgré un essai d’opportuniste, n’a pas trouvé les mots pour remettre les siens à l’endroit après l’essai de Médard, qui le prend à contre-pied.

Vern Cotter, l’entraîneur néo-zélandais arrivé il y a deux saisons, a certes réussi à donner à Clermont une régularité que beaucoup de grosses écuries lui envient. Mais il n’a pas percé l’ultime secret des Auvergnats, cette peur de mal faire, ce fatalisme qui se lit dans les regards à un quart d’heure de la fin, quand le destin peut encore vaciller. Deux ans, c’est court pour instiller une culture de la gagne qui semble, à Toulouse, être une seconde nature. Le réputé technicien n’avait aucune réponse à cette question abyssale. “Je suis fier du parcours que les joueurs auront fait cette année. Mais ce soir, on est passé à côté du match”, disait-il avec le sourire de celui qui a tout essayé. Après la défaite face au Stade Français l’an dernier (18-23), consentie à 3 minutes de la fin, “ça fait deux de suite”, ajoutait-il. “Je dis que ça suffit, mais quand je reviens sur l’ensemble de la saison, l’équipe a grandi”. Pas encore assez.

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